\section[Cote 39 : le théorème de préparation « formel » ; fonctions implicites dans une classe de séries]{Cote 39 : le théorème de préparation « formel » ; fonctions implicites dans une classe de séries\protect\verifie{Folder39}}\label{sec:39} La cote 39, \emph{Fonctions et structures \q{élémentaires} [Schémas formels, théorème de préparation] : notes manuscrites (s.d.)}, datée par l'inventaire \q{[vers 1960-1970]}, compte dix-neuf pages en trois ensembles séparés par des intercalaires vierges. Les deux premiers sont deux rédactions successives d'une axiomatique des classes de séries formelles (pages~2 à~7, puis~9 à~16). Le troisième, pages~18 et~19, énonce et démontre un théorème sous un titre souligné de sa main, \q{Th.\ de préparation “formel”} (\lot{39}{1}{18}). La démonstration commence par une réduction, \q{Comme $A$ est séparé et complet pour sa top.\ linéaire, on est ramené au cas où $A$ est discret}, puis précise que (i) \q{\textbf{signifie} que les $a_i$ ($0 \leq i \leq N-1$) sont nilpotents}. Un premier argument, par Nakayama et le gradué associé, est encadré et barré. Le second considère l'application $\varphi : ((b_i), Q) \mapsto \sum b_i Z^i + QF$ et conclut, par le gradué de la filtration $\mathfrak m$-adique, \q{finie}, que $\varphi$ est bijective (\lot{39}{1}{19}). \begin{enonce}[Théorème de préparation « formel »] Soient $A$ un anneau linéairement topologisé, séparé et complet, $Z$ une indéterminée, $F = \sum_{i \geqslant 0} a_i Z^i \in A[[Z]]$, et $N \in \mathbb N$ tel que \begin{enumerate} \item[(i)] $a_i$ est topologiquement nilpotent pour $0 \leqslant i \leqslant N - 1$ ; \item[(ii)] $a_N$ est inversible. \end{enumerate} Alors $F$ est un élément régulier de $A[[Z]]$, et $A[[Z]]/F A[[Z]]$ est un $A$-module libre de base les images des $Z^i$, $0 \leqslant i \leqslant N-1$ : tout $G \in A[[Z]]$ s'écrit de façon unique $G = QF + \sum_{0 \leqslant i \leqslant N-1} b_i Z^i$, avec $Q \in A[[Z]]$ et $b_i \in A$. \end{enonce} \noindent On ne démontre ici que deux cas particuliers de cet énoncé : le cas d'un anneau complet pour une topologie $I$-adique, avec $a_i \in I$ pour $i < N$ ; et le cas discret auquel la démonstration du feuillet se ramène, avec $a_0, \dots, a_{N-1}$ nilpotents. Dans les deux cas, on écrit le reste $\sum_{i 0$. \end{theoreme*} \end{encadre} {\small \emph{Démonstration.} Trois outils. (1) Deux sur trois : pour une suite exacte $0 \to M' \to M \to M'' \to 0$ et $t$ faiblement régulière sur $M''$, $t$ est faiblement régulière sur $M'$ si et seulement si elle l'est sur $M$, et $M'/(t)M' \to M/(t)M$ reste injective (c'est l'annulation de $\mathrm{Tor}_1(M'', A/(t))$ que demande la page) ; on le voit élément par élément, par le lemme du serpent. (2) Dévissage : si $t$ est faiblement régulière sur les gradués $\mathrm{gr}^k_J(M)$ pour $k < j$, elle l'est sur $M/J^jM$, par la suite exacte $0 \to \mathrm{gr}^j_J(M) \to M/J^{j+1}M \to M/J^jM \to 0$ et (1) ; avec $J^nM = 0$, elle l'est sur $M$. (3) Platitude : si $\bar t$ est $A_0$-régulière, elle l'est sur tout $A_0$-module plat $N = N \otimes_{A_0} A_0$. Le pas de récurrence du lemme~6 se fait alors ainsi. Supposons $\bar t_1, \ldots, \bar t_k$ déjà $A_0$-régulière, et soit $J^m$ le dernier gradué non nul de $A$ ($J^{m+1} = 0$), libre et non nul sur $A_0$. Par (3) et (2), $(t_1, \ldots, t_k)$ est faiblement régulière sur $A/J^m$, donc, par (1), $J^m/(t)J^m$ s'injecte dans $A/(t)A$, où $t_{k+1}$ est régulier ; il l'est donc sur $J^m/(t)J^m \simeq (A_0/(\bar t))^{(I)}$, $I \neq \emptyset$, et, en restreignant à un facteur, sur $A_0/(\bar t_1, \ldots, \bar t_k)$. Une fois $\bar t$ régulière dans $A_0$, (3) la rend régulière sur chaque $\mathrm{gr}^k_J(R)$ et (2) sur $R$. Comme le dit la note de la page~19, la liberté ne sert, côté module, qu'à travers la platitude, et aucune finitude n'est demandée à $R$. Dans le cas local noethérien, les $\mathrm{gr}^k_J(A)$ sont de type fini sur l'anneau local $A_0$, et plats, donc libres. Lean (\href{\leanblob/Folder94.lean}{\texttt{Folder94.\allowbreak{}lean}}) démontre (1) (\texttt{isWeaklyRegular\_iff\_of\_exact}, \texttt{injective\_mapQ\_of\_exact}), (2) (\texttt{isWeaklyRegular\_quotient\_filt}, \texttt{isWeaklyRegular\_of\_layers}), (3) (\texttt{isWeaklyRegular\_of\_flat}), le pas de récurrence (\texttt{isWeaklyRegular\_quotient\_of\_layers\_free}), l'énoncé (\texttt{isWeaklyRegular\_of\_gr}) et sa forme locale (\texttt{isWeaklyRegular\_of\_gr\_flat\_of\_isLocalRing}, \texttt{isRegular\_of\_gr\_flat\_of\_isLocalRing}).\par} {\small Ne sont pas démontrés en Lean : le passage de la régularité de $t$ sur $R$ à l'annulation des $\mathrm{Tor}_i$ par le complexe de Koszul (Mathlib n'a ni les complexes de Koszul ni la suite exacte longue des $\mathrm{Tor}$ ; seul l'analogue de $\mathrm{Tor}_1$ ci-dessus l'est), et l'ouvert dense de l'énoncé global ci-dessous. On se reportera aux notes de Grothendieck (\lot{94}{1}{8}).\par} \begin{encadre} \begin{theoreme*}[Grothendieck, pages 8 et 9, l'ouvert dense pour $X = S$\piste{94-generic-tor-regular-sequences}] Soient $A$ un anneau noethérien, $J$ un idéal nilpotent de $A$ tel que $A_0 = A/J$ soit réduit (par exemple le nilradical), et $R$ un $A$-module de type fini. Il existe un ouvert dense $U \subset \operatorname{Spec} A$ tel que, pour tout $\mathfrak p \in U$, toute suite $A_{\mathfrak p}$-faiblement régulière d'éléments de $A_{\mathfrak p}$ soit $R_{\mathfrak p}$-faiblement régulière. On peut prendre pour $U$ le lieu, dans $\operatorname{Spec} A = \operatorname{Spec} A_0$, où les gradués non nuls, en nombre fini, $\mathrm{gr}^k_J(A)$ et $\mathrm{gr}^k_J(R)$ sont libres sur $A_0$. \end{theoreme*} \end{encadre} {\small \emph{Démonstration.} Les gradués sont des $A_0$-modules de type fini, donc de présentation finie, et leur lieu de liberté est ouvert ; l'intersection $U$ de ces lieux contient les idéaux premiers minimaux, où l'anneau réduit $A_0$ se localise en un corps, et un ensemble qui contient les premiers minimaux est dense. Les gradués commutent à la localisation : $\mathrm{gr}^k_J(S^{-1}M) = S^{-1}\mathrm{gr}^k_J(M)$, car $J^k(S^{-1}M)$ est le localisé de $J^kM$ ; si $\mathfrak p$ est au-dessus de $\mathfrak q \in \operatorname{Spec} A_0$, on a donc $\mathrm{gr}^k_J(M_{\mathfrak p}) = (A_0)_{\mathfrak q} \otimes_{A_0} \mathrm{gr}^k_J(M)$, libre sur $(A_0)_{\mathfrak q}$ pour $\mathfrak p \in U$. Le pas de récurrence de l'énoncé en un point vaut avec n'importe quelle $A$-algèbre $B$ au lieu de $A_0$ et n'importe quel module non nul $T$ au lieu de $A$, par la même démonstration ; avec $B = (A_0)_{\mathfrak q}$ et $T = A_{\mathfrak p}$, toute suite d'éléments de $A$ faiblement régulière sur $A_{\mathfrak p}$ l'est sur $R_{\mathfrak p}$. Enfin tout élément de $A_{\mathfrak p}$ est le produit d'une unité par l'image d'un élément de $A$, et la régularité faible ne dépend de la suite qu'à des unités près. Lean (\href{\leanblob/Folder94.lean}{\texttt{Folder94.\allowbreak{}lean}}) démontre la commutation à la localisation (\texttt{isLocalizedModule\_layerMap}, \texttt{layerEquiv}), le pas de récurrence généralisé (\texttt{isWeaklyRegular\_of\_gr'}) et l'énoncé (\texttt{exists\_isOpen\_dense\_isWeaklyRegular'}).\par} \begin{encadre} \begin{theoreme*}[Grothendieck, pages 8, 9 et 19, Tor génériques et suites régulières : l'ouvert dense\piste{94-generic-tor-regular-sequences}]\nonverifie Soient $S = \operatorname{Spec} A$ noethérien, non nécessairement réduit, et $R$ un faisceau cohérent sur un $S$-schéma $X$ de type fini. Il existe un ouvert dense $U \subset S$ tel que $\mathrm{Tor}_i^A(R, A_{\mathfrak p}/(t)) = 0$ pour tout $i > 0$, tout $\mathfrak p \in U$ et toute suite $A_{\mathfrak p}$-régulière~$t$. C'est un substitut de la platitude générique, qui tombe en défaut sur une base non réduite. \end{theoreme*} \end{encadre} {\small Le pas de récurrence du lemme~6, que la page dit \q{bien standard}, est de l'édition, et la page écrit $\mathrm{gr}_J(\mathcal O_X)$ là où l'argument demande $\mathrm{gr}_J(R)$. L'énoncé en un point et le cas $X = S$ ci-dessus, pour la régularité des suites, sont vérifiés en Lean ; restent le passage aux $\mathrm{Tor}$ par le complexe de Koszul, et, pour $X$ de type fini, la platitude générique, que Mathlib n'a pas. On se reportera aux notes de Grothendieck (\lot{94}{1}{8}).\par} \begin{encadre} \begin{theoreme*}[Grothendieck, pages 15 et 16, critère de représentabilité sur $\mathrm{Mod}(A)$ ; voir aussi Hall 2013\piste{94-representability-criterion}]\nonverifie Soit $A$ un anneau noethérien quotient d'un anneau régulier. Un foncteur $F : \mathrm{Mod}(A) \to \mathrm{Ens}$ est de la forme $\mathrm{Hom}_A(P, -)$ avec $P$ fini si et seulement s'il est exact à gauche, commute aux limites inductives filtrantes, vérifie une condition de complétion $\mathfrak m_{\mathfrak p}$-adique et une $g$-adique sur les modules finis, envoie les modules finis sur des modules finis, a une fonction $\mathfrak p \mapsto \dim F(k(\mathfrak p))$ constructible et, pour tout quotient $B$ et tout $B$-module fini $\Omega$, commute génériquement à la réduction de $\Omega$ modulo les systèmes de paramètres. La conservation des produits n'en fait pas partie. \end{theoreme*} \end{encadre} {\small Les feuillets en esquissent une démonstration incomplète (pages 15 et 16) : plusieurs liens sont de l'édition, et la démonstration telle qu'elle est écrite n'est sûre que pour $A$ excellent. Hall énonce un autre critère, par la conservation des produits. Mathlib n'a pas ces conditions de complétion sur les foncteurs de modules. On se reportera aux notes de Grothendieck (\lot{94}{1}{15}).\par} \noindent Piste dont l'énoncé dépend d'une lecture à vérifier : \begin{itemize}\small\setlength{\itemsep}{0pt} \item Cote~94 : pour $A$ noethérien dont tout quotient intègre est génériquement normal, et $F$ exact à gauche, commutant aux limites inductives filtrantes et vérifiant la condition de complétion locale et la finitude locale, la représentabilité de $F$ par un module fini sur un ouvert non vide de chaque $V(\mathfrak p)$ équivaut à la constructibilité de $\mathfrak p \mapsto \dim_{k(\mathfrak p)} F(k(\mathfrak p))$. La réciproque repose sur le milieu de la page~7, en grande partie illisible, et l'hypothèse de normalité sur une lecture incertaine, à vérifier sur le fac-similé. Mathlib n'a pas la constructibilité de ces fonctions de rang. On se reportera aux notes de Grothendieck (\lot{94}{1}{7}).\piste{94-rank-constructibility} \end{itemize} \begin{encadre} \begin{contrexemple}[Page 7, la réciproque de la remarque 5 bis sous la finitude locale]\verifie[\leanblobmain]{Folder94} Sur $A = k[x, y]$, $k$ un corps infini, soient $a_2, a_3, \dots$ des éléments distincts de $k$ et $h_j = x - a_j$. Le foncteur $F(M) = \varinjlim\,(M \xrightarrow{h_2} M \xrightarrow{h_3} M \to \cdots)$ est l'identité sur chaque $A_{\mathfrak p}$, vérifie la condition de complétion et la finitude locale, et $\dim_{k(\mathfrak p)} F(k(\mathfrak p)) = 1$ pour tout $\mathfrak p$ ; pourtant $F(A_g)$ n'est de type fini sur $A_g$ pour aucun $g \neq 0$, et $F$ n'est représentable sur aucun ouvert non vide de $\operatorname{Spec} A$. \end{contrexemple} \end{encadre} {\small \emph{Démonstration.} Un idéal premier contient au plus un $h_j$, donc presque tous les $h_j$ sont inversibles dans $A_{\mathfrak p}$ et $F$ y est l'identité à partir d'un rang (\texttt{tele\_atPrime\_bijective}) ; d'où les conditions locales et la dimension~$1$ des fibres (\texttt{finrank\_tele\_field}). Un $g \neq 0$ n'est divisible que par un nombre fini de $h_j$, et $F(A_g)$ est la réunion strictement croissante des $(h_2 \cdots h_i)^{-1} A_g$ (\texttt{not\_finite\_tele\_away}, \texttt{not\_representable\_away}). L'exactitude à gauche et la commutation aux limites inductives filtrantes sont classiques et ne sont pas formalisées. Sous la finitude globale, $F(M)$ de type fini pour tout $M$ de type fini, que l'esquisse de la page utilise, la réciproque tient, et sans l'hypothèse sur le lieu normal : sur un ouvert de $V(\mathfrak p)$ où le rang vaut $n$, les modules locaux de la proposition~4 sont libres de rang $n$, $F(B)$ est projectif de type fini et $F(B) \otimes M \to F(M)$ est un isomorphisme en chaque point. Les deux étapes d'algèbre commutative de cet argument sont démontrées en Lean ci-dessous ; la proposition~4 et le passage du foncteur $F$ à ces énoncés ne le sont pas. Quelle finitude la page écrit au juste reste à lire sur le fac-similé.\par} \begin{encadre} \begin{theoreme*}[Page 7, rang constant sur un anneau réduit\piste{94-rank-constructibility}] Soient $B$ un anneau local réduit, de corps résiduel $k$, et $P$ un $B$-module de type fini tel que $\dim_{B_{\mathfrak q}} (B_{\mathfrak q} \otimes_B P) = \dim_k (k \otimes_B P)$ pour tout idéal premier minimal $\mathfrak q$ ($B_{\mathfrak q}$ est alors un corps). Alors $P$ est libre. Par suite, si $P$ est de présentation finie sur un anneau $B$, à localisés libres aux idéaux maximaux, et si $\varphi \colon P \otimes_B M \to N$ est bijectif après localisation en chaque idéal maximal, $P$ est projectif et $N \simeq \operatorname{Hom}_B(P^\vee, M)$. \end{theoreme*} \end{encadre} {\small \emph{Démonstration.} Une base de $k \otimes P$ se relève, par Nakayama, en une surjection $B^n \to P$. En un premier minimal $\mathfrak q$, elle devient une surjection entre deux $B_{\mathfrak q}$-espaces de même dimension $n$, donc une bijection ; les coordonnées d'un élément du noyau ont donc une image nulle dans chaque $B_{\mathfrak q}$, sont dans chaque premier minimal, donc nilpotentes, donc nulles. Aucune hypothèse noethérienne n'est utile. Pour le second point, la projectivité se lit sur les localisés en les idéaux maximaux, de même que la bijectivité de $\varphi$, et $P \otimes M \simeq P^{\vee\vee} \otimes M \simeq \operatorname{Hom}(P^\vee, M)$ pour $P$ projectif de type fini. C'est ce qu'on applique à $P = F(B)$ et $\varphi \colon F(B) \otimes M \to F(M)$ dans la réciproque sous la finitude globale. Lean (\href{\leanblob/Folder94.lean}{\texttt{Folder94.\allowbreak{}lean}}) : \texttt{free\_of\_finrank\_eq\_of\_isReduced}, \texttt{nonempty\_equiv\_hom\_dual}.\par}