\section[Cote 1 : le système d'inégalités des valeurs singulières, coefficients de Fredholm]{Cote 1 : le système d'inégalités des valeurs singulières, coefficients de Fredholm\protect\verifie{Folder1}}\label{sec:1} La cote 1, \emph{Analyse fonctionnelle : notes manuscrites (s.d.), lettre (1953)}, compte cent quarante-neuf pages, que l'inventaire date de 1953. Les pages~70 à~73 sont une mise au net sur les puissances extérieures des opérateurs à trace. La page~71 démontre, pour $u$, $v$ à trace, l'inégalité $\alpha_n(|u+v|) \leq \sum_{p} \alpha_p(|u|)\,\alpha_{n-p}(|v|)$ (corollaire~2, formule~(14), encadrée), par le développement de $\Lambda^n(u+v)$ en produits $(\Lambda^p u) \wedge (\Lambda^{n-p} v)$. Elle énonce ensuite le théorème~2 pour $u$, $v$ compacts : la forme produit~(15), encadrée, et \q{plus précisément} le système~(16), encadré lui aussi, \[ \sigma_n^m(u+v) \leq \sum_{p=0}^{m} \sigma_n^p(u)\,\sigma_n^{m-p}(v), \qquad 0 \leq m \leq n, \] où $\sigma_n^m(w)$ est la fonction symétrique élémentaire de degré $m$ des $n$ premières valeurs singulières de $w$ (formule~(17)). La marge gauche porte \q{à réviser} le long du théorème (\lot{1}{4}{71}). La page~72 démontre~(16) par la proposition~3, $\sigma_n^m(u) = \sup |\alpha_m(v_n u)|$ sur les contractions $v_n$ de rang $\leq n$, et par~(14) appliquée à $wu$ et $wv$ (\lot{1}{4}{72}). La page~73 juge le système, en mots lus avec doute, \q{les plus fortes possibles} des inégalités qui majorent les $\rho_i(u+v)$ en fonction des $\rho_i(u)$ et des $\rho_i(v)$ (\lot{1}{4}{73}). La piste porte sur le système~(16) tout entier. On le démontre d'abord en dimension finie pour $m \leq 2$ et pour tout $n$, sur $\mathbb R$ comme sur $\mathbb C$ : pour $m = 0$ les deux membres valent~$1$, pour $m = 1$ c'est l'inégalité de Ky Fan, et le cas $m = 2$ suit la voie de la page par $\Lambda^2$, écrite avec des mineurs d'ordre~$2$. On démontre aussi que le système, s'il vaut pour tous les $m \leq n$, entraîne la forme produit~(15). Le dernier encadré de la section démontre le système pour tous $m$ et $n$, en dimension finie complexe, d'où~(15) pour tout~$n$ et la sous-additivité de $S_p$ des pages~128 et~129 ; deux encadrés le suivent, qui l'étendent à la dimension finie réelle et démontrent la proposition~3 comme borne supérieure atteinte. \noindent\emph{Conventions.} Les espaces $E$ et $F$ sont des espaces préhilbertiens de dimension finie sur $\mathbb R$ ou $\mathbb C$, et $d = \dim E$. Pour $T : E \to F$ linéaire, les valeurs singulières $s_0(T) \geq s_1(T) \geq \cdots$ sont les racines carrées des valeurs propres de $T^*T$, rangées par ordre décroissant et répétées selon leur multiplicité, prolongées par $0$ au-delà de l'indice $d - 1$. C'est la définition de la bibliothèque, qui indexe à partir de $0$ ; les $\rho_1, \ldots, \rho_n$ de la page sont $s_0, \ldots, s_{n-1}$. On note $(e_j)_{j < d}$ une base orthonormée de vecteurs propres de $T^*T$, rangée dans le même ordre, de sorte que $T^*T e_j = s_j(T)^2 e_j$, et l'on pose $f_j = s_j(T)^{-1}\, T e_j$, avec $f_j = 0$ lorsque $s_j(T) = 0$. Enfin \[ \sigma_n^m(T) = \sum_{\substack{t \subseteq \{0, \ldots, n-1\} \\ |t| = m}} \ \prod_{i \in t} s_i(T). \] \begin{enonce}[Pages 71 et 72, le système (16) pour $m \leq 1$\piste{1-sigma-nm-system}] Soient $u, v : E \to F$ linéaires et $n \geq 0$. \begin{enumerate} \item (Ky Fan) $\displaystyle\sum_{j < n} s_j(u+v) \leq \sum_{j < n} s_j(u) + \sum_{j < n} s_j(v)$. \item Pour $m \in \{0, 1\}$, $\sigma_n^m(u+v) \leq \sum_{p=0}^{m} \sigma_n^p(u)\,\sigma_n^{m-p}(v)$. \end{enumerate} \end{enonce} \begin{enonce}[Page 71, du système (16) à la forme produit (15)] Soient $u, v : E \to F$ linéaires et $n \geq 0$. Si $\sigma_n^m(u+v) \leq \sum_{p=0}^{m} \sigma_n^p(u)\,\sigma_n^{m-p}(v)$ pour tout $m \leq n$, alors pour tout $r \geq 0$ \[ \prod_{i < n} \bigl(1 + r\,s_i(u+v)\bigr) \leq \prod_{i < n} \bigl(1 + r\,s_i(u)\bigr) \prod_{i < n} \bigl(1 + r\,s_i(v)\bigr). \] En particulier $1 + r\,s_0(u+v) \leq (1 + r\,s_0(u))(1 + r\,s_0(v))$. \end{enonce} \begin{lemme}\label{lem:1-bessel} Soient $(y_i)_{i \in I}$ une famille finie de vecteurs deux à deux orthogonaux, de normes $\leq 1$, et $z$ un vecteur. Alors $\sum_i |\langle y_i, z\rangle|^2 \leq \|z\|^2$. \end{lemme} \begin{proof} Posons $c_i = \langle y_i, z\rangle$, $p = \sum_i c_i y_i$ et $S = \sum_i |c_i|^2$. On a $\langle p, z\rangle = \sum_i \bar c_i c_i = S$. Par l'orthogonalité, $\langle y_i, p\rangle = c_i \|y_i\|^2$, d'où $\|p\|^2 = \sum_i |c_i|^2 \|y_i\|^2 \leq S$. L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne $S \leq \|p\|\,\|z\|$, donc $S^2 \leq \|p\|^2 \|z\|^2 \leq S\,\|z\|^2$. Si $S > 0$, on divise par $S$ ; si $S = 0$, il n'y a rien à démontrer. \end{proof} \begin{lemme}\label{lem:1-poids} Soient $(s_j)_{j \geq 0}$ une suite réelle positive et décroissante, et $c_0, \ldots, c_{d-1}$ des réels de $[0,1]$ de somme $\leq n$. Alors $\sum_{j < d} s_j c_j \leq \sum_{j < n} s_j$. \end{lemme} \begin{proof} Posons $\varepsilon_j = 1$ si $j < n$ et $\varepsilon_j = 0$ sinon. Pour tout $j < d$, on a $s_j c_j \leq \varepsilon_j s_j + s_n(c_j - \varepsilon_j)$. Si $j < n$, cela s'écrit $s_j(c_j - 1) \leq s_n(c_j - 1)$, qui vient de $s_j \geq s_n$ et $c_j \leq 1$ ; si $j \geq n$, cela s'écrit $s_j c_j \leq s_n c_j$, qui vient de $s_j \leq s_n$ et $c_j \geq 0$. En sommant, $\sum_j s_j c_j \leq \sum_{j < \min(n,d)} s_j + s_n\bigl(\sum_j c_j - \min(n,d)\bigr)$. La somme des $c_j$ est $\leq n$ par hypothèse et $\leq d$ puisque chaque $c_j$ est $\leq 1$ ; le second terme est donc $\leq 0$, et le premier est $\leq \sum_{j 0$ et $s^p K_p = \int_0^\infty \log(1 + vs)\, v^{-1-p}\,dv$ pour tout $s \geq 0$. Si des réels positifs vérifient $\prod_{i n$, le premier membre est nul. La démonstration utilise les coefficients $\alpha_m(M) = \sum_{|K| = m} \det M_K$ du paragraphe précédent, pour des matrices carrées quelconques, et quatre lemmes de matrices. \begin{lemme}\label{lem:1-matrices} \begin{enumerate} \item (Sylvester) Pour $X$ de taille $k \times l$ et $Y$ de taille $l \times k$, $\alpha_m(XY) = \alpha_m(YX)$. \item Pour des matrices carrées $A$ et $D$, $\alpha_m\bigl(\begin{smallmatrix} A & 0 \\ 0 & D\end{smallmatrix}\bigr) = \sum_{p \leq m} \alpha_p(A)\,\alpha_{m-p}(D)$. \item (Fischer) Si $M = \bigl(\begin{smallmatrix} A & B \\ B^* & D\end{smallmatrix}\bigr)$ est positive, $\det M \leq \det A \det D$. \item (Cauchy--Schwarz) Pour $X$ de taille $k \times l$ et $Y$ de taille $l \times k$, $|\det XY|^2 \leq \det(XX^*) \det(Y^*Y)$. \end{enumerate} \end{lemme} \begin{proof} (1) Par définition, $\alpha_m(M)$ est le coefficient de $X^m$ dans $\det(1 + XM)$, et $\det(1 + X\,XY) = \det(1 + YX\,X)$ (identité de Sylvester, sur l'anneau des polynômes). (2) Le déterminant d'une matrice diagonale par blocs est le produit des déterminants des blocs : $\det(1 + XM)$ est le produit de $\det(1 + XA)$ et de $\det(1 + XD)$, dont on compare les coefficients. (3) Si $\det A = 0$, un vecteur $z \neq 0$ vérifie $Az = 0$ ; la positivité de $M$ donne alors $M(z, 0) = 0$, et $\det M = 0$. Sinon $A$ est définie positive, $\det M = \det A \det(D - B^*A^{-1}B)$ (complément de Schur), et $D - B^*A^{-1}B$, $B^*A^{-1}B$ sont positives ; la croissance du déterminant (démonstration des corollaires~2 et~3) donne $\det(D - B^*A^{-1}B) \leq \det D$. (4) La matrice $\bigl(\begin{smallmatrix} X \\ Y^* \end{smallmatrix}\bigr)\bigl(\begin{smallmatrix} X^* & Y \end{smallmatrix}\bigr) = \bigl(\begin{smallmatrix} XX^* & XY \\ Y^*X^* & Y^*Y \end{smallmatrix}\bigr)$ est positive, et l'inégalité $|\det T|^2 \leq \det P \det Q$ de la démonstration des corollaires~2 et~3 s'applique. \end{proof} \begin{lemme}[entrelacement]\label{lem:1-entrelacement} Soient $s_0 \geq s_1 \geq \cdots \geq 0$, $S = \operatorname{diag}(s_0, \ldots, s_{d-1})$ et $\Psi$ une matrice $d \times d$ telle que $\|\Psi z\|^2 \leq \sum_{j i$, et $(\Psi z)_k = 0$ pour $k < i$ si $i < n$, ou $z_k = 0$ pour $k < i$ si $i \geq n$. Cela fait $(d - 1 - i) + i < d$ équations linéaires : il existe $z \neq 0$ qui les vérifie. D'une part, $\langle z, Nz\rangle = \sum_l \lambda_l |\langle b_l, z\rangle|^2$, où seuls les $l \leq i$ comptent et $\lambda_l \geq \lambda_i$, d'où $\langle z, Nz\rangle \geq \lambda_i \|z\|^2$. D'autre part, $\langle z, Nz\rangle = \sum_k s_k |(\Psi z)_k|^2$. Si $i < n$, les termes $k < i$ sont nuls et $s_k \leq s_i$ pour $k \geq i$, d'où $\langle z, Nz\rangle \leq s_i \|\Psi z\|^2 \leq s_i \|z\|^2$. Si $i \geq n$, les $z_j$ d'indice $j < n \leq i$ sont nuls, donc $\Psi z = 0$ par l'hypothèse, et $\langle z, Nz\rangle = 0$. On divise par $\|z\|^2 > 0$. \end{proof} \begin{proof}[Démonstration du théorème] Posons $T = u + v$ ; soient $(e_j, f_j)$ ses vecteurs de Schmidt (conventions du début de la section), et $x_j = e_j$, $y_j = f_j$ pour $j < n$, $x_j = y_j = 0$ pour $n \leq j < d$. Pour $w : E \to F$ linéaire, notons $C_w$ la matrice $d \times d$ de coefficients $\langle y_i, w x_j\rangle$. \emph{Le premier membre.} Le lemme~\ref{lem:1-schmidt} montre que $C_T$ est diagonale, de coefficients $s_j(T)$ pour $j < n$ et $0$ ensuite. Ses mineurs principaux sont des produits de coefficients diagonaux, et $\sigma_n^m(T) = \alpha_m(C_T)$, les $s_j(T)$ d'indice $j \geq d$ étant nuls. \emph{Factorisation.} Soient $w \in \{u, v\}$, $(e_k(w), f_k(w))$ ses vecteurs de Schmidt et $S_w = \operatorname{diag}(s_k(w))$. En écrivant $x_j = \sum_k \langle e_k(w), x_j\rangle\, e_k(w)$ et $w\,e_k(w) = s_k(w) f_k(w)$, on obtient $\langle y_i, w x_j\rangle = \sum_k \langle y_i, f_k(w)\rangle\, s_k(w)\, \langle e_k(w), x_j\rangle$, c'est-à-dire \[ C_w = (S_w^{1/2} \Phi_w)^* (S_w^{1/2} \Psi_w), \qquad \Phi_w = \bigl(\langle f_k(w), y_j\rangle\bigr)_{k,j}, \quad \Psi_w = \bigl(\langle e_k(w), x_j\rangle\bigr)_{k,j}. \] Comme $C_T = C_u + C_v$, on a $C_T = G^* H$, où $H$ (resp.\ $G$) est la matrice $2d \times d$ formée des blocs $S_u^{1/2}\Psi_u$ et $S_v^{1/2}\Psi_v$ (resp.\ $S_u^{1/2}\Phi_u$ et $S_v^{1/2}\Phi_v$) placés l'un sous l'autre. \emph{Cauchy--Schwarz et Fischer.} Par le lemme~\ref{lem:1-matrices}~(1), \[ \alpha_m(C_T) = \alpha_m(HG^*) = \sum_K \det(H_K G_K^*), \] où $K$ parcourt les parties à $m$ éléments des deux copies de $\{0, \ldots, d-1\}$ et $H_K$ désigne les lignes de $H$ d'indices dans $K$. Par~(4), $|\det(H_K G_K^*)|^2 \leq \det(HH^*)_K \det(GG^*)_K$. La matrice $(HH^*)_K$ est positive, et ses lignes se répartissent entre les deux copies ; par~(3), $\det(HH^*)_K \leq \det(P_H)_K$, où $P_H$ est la partie diagonale par blocs de $HH^*$, de blocs $S_u^{1/2}\Psi_u\Psi_u^*S_u^{1/2}$ et $S_v^{1/2}\Psi_v\Psi_v^*S_v^{1/2}$. De même pour $G$. L'inégalité de Cauchy--Schwarz sur la somme en $K$ donne \[ \sigma_n^m(T) \leq \alpha_m(P_H)^{1/2}\, \alpha_m(P_G)^{1/2}. \] \emph{Entrelacement.} Par~(2), $\alpha_m(P_H) = \sum_p \alpha_p(S_u^{1/2}\Psi_u\Psi_u^*S_u^{1/2})\, \alpha_{m-p}(S_v^{1/2}\Psi_v\Psi_v^*S_v^{1/2})$, et par~(1), $\alpha_p(S_w^{1/2}\Psi_w\Psi_w^*S_w^{1/2}) = \alpha_p(\Psi_w^* S_w \Psi_w)$. Pour $z \in \mathbb C^d$, $(\Psi_w z)_k = \langle e_k(w), \sum_j z_j x_j\rangle$ ; le lemme~\ref{lem:1-bessel} et l'orthogonalité des $x_j$, de normes $\leq 1$ et nuls pour $j \geq n$, donnent $\|\Psi_w z\|^2 \leq \|\sum_j z_j x_j\|^2 \leq \sum_{j